Saint-Denis-Gillot, Maurice-Plaisance, Delhi-Indira Gandhi, Calcutta… 24h, valse des avions et des aéroports pour arriver enfin à bon port. Pas si loin pourtant, juste là bas, en face sur l'autre rive de l'Océan... Indien... justement.
Pas si loin, mais tellement différent.
L'atterrissage après plus de 3 semaines sur la planète Inde, avec Céline et Audrey, s’est bien passé. Etonnamment bien, même, après autant de décalages, de découvertes et de rencontres, dans un univers aussi différent. Peut être aussi parce que la grosse claque attendue, à laquelle on s’était préparées, n’a pas été aussi grosse. Dès le premier jour, nous avons été tour à tour étonnées, émerveillées, attristées, assaillies de senteurs, de couleurs, de goûts épicés et de bruits, de sons continus, mais assez rarement " sous le choc ", comme il semble que cela arrive parfois (souvent ?) aux visiteurs qui découvrent ce pays la première fois. On dit que l’Inde ne laisse pas indifférent, je le comprends. Si " on adore ou on déteste, mais pas entre les 2 ", alors je pense que je suis plus dans la première catégorie, même si ce que j’ai vu, vécu, découvert pendant ces 3 semaines est tellement divers qu’il est difficile de résumer cette expérience de façon aussi simpliste.
Bref… Qu’avons nous découvert et vécu, donc… ?
Atterrissage à Calcutta que nous parcourrons très partiellement avant de sauter dans le train en direction du nord. Car le but principal de ce voyage était le Nord du Bengale Occidental (région de Darjeeling) et surtout le Sikkim, ancien royaume himalayen situé encore plus au nord, enserré entre le Népal à l’ouest, le Tibet au nord et le Bhoutan à l’est, devenu Etat indien en 1975.
Nous avons ainsi tourné autour des magnifiques chaînes enneigées de l’Himalaya occidental, approchant selon des angles toujours différent, et de toujours plus près, le majestueux mont Kangchendzonga, qui tutoie l’Everest et le K2 par son altitude (8586 m), et il faut bien le dire, qui a de la gueule.
Tout d’abord en découvrant Darjeeling, ville perchée sur une crête de laquelle dévalent les plantations de thé le long des pentes et des collines environnantes. Nous avons bien sûr dégusté ledit thé à la source… il y a d’ailleurs thé et thé de Darjeeling, et c’est pas facile de s’y retrouver, il y a le meilleur et le pire, mais le meilleur… qu’est ce que c’est bon ! ! Darjeeling, c’est aussi une transition. Transition entre l’Inde des plaines et l’Inde des montagnes, où se côtoient hindouisme et bouddhisme, peau foncée, sari (sous l’anorak !) et front paré d’une tikka pour les uns, yeux en amande et bhaku (robe traditionnelle dans la zone himalayenne, qu’on retrouvera surtout au Sikkim) pour les autres, et un métissage culinaire dont on a du mal à savoir s’il est plus le fait de la position géographique de la ville ou de sont statut de station d’altitude et haut lieu du tourisme indien.
Ensuite en sillonnant le Sikkim pendant une bonne dizaine de jours, à pieds ou en jeep, qui est là bas le moyen de transport motorisé utilisé par tous, vu l’état des routes, les aléas climatiques saisonniers, les éboulis fréquents… C’est l’équivalent du taxi-brousse malgache ou du " collectivo " chilien ou andin quoi !
Dans la zone vallonnée de la campagne et des villages, nous avons découvert de nombreux monastères bouddhistes, le riz et le millet cultivés en terrasses, les forêts…
Puis dans la zones plus montagneuse, où la neige commence à pointer le bout de son nez, on atteint des prairies d’altitude jaunes et rases, pâturées par les yaks, encaissées dans des fonds de vallées parcourus de torrents rugissants, bleus à l’écume blanche.
Et partout, l’arrière-plan à couper le souffle des sommets enneigés situés entre 5000 et plus de 8000 mètres, des drapeaux à prières qui flottent dans le vent dans les lieux les plus improbables (bleu, jaune, vert, blanc, rouge, chaque couleur ayant sa signification mais l’ensemble représentant un vœux de paix), des hommes et des femmes souriants, parfois étonnés de croiser des étrangers dans des endroits aussi perdus, des moines tout heureux de faire découvrir leur monastère, et, lorsqu’ils parlent quelques mots d’anglais, de tenter d’expliquer histoire et fonctionnement du temple, le boudhisme et ses figures emblématiques représentées sur les fresques et sous forme de statues.
Toutes les trois plutôt novices sur les questions bouddhiques, nous avons tenté de comprendre et compiler les différentes informations recueillies ici et là. Pas facile de reconstituer le fil de l’histoire, identifier les différents courants du bouddhisme et leurs différences, reconnaître les différents saints, prophètes, divinités sous leurs différentes apparences… Mais d’avoir compris certaines choses, vu la réalité de la vie des monastères et approché un peu l’impact de la spiritualité sur la vie des gens nous a donné envie d’en apprendre plus. Il va falloir trouver quelques bons bouquins de chevet ! !
Il y a aussi toute la question tibétaine. Le Sikkim est l’un des endroits qui regroupe de nombreux réfugiés tibétains. La communauté est importante et perpétue, en exil, sa culture et ses savoir-faires dans la mesure du possible. Des monastères ont été déplacés du Tibet au Sikkim, par exemple le siège du courant des bonnets noirs du bouddhisme tibétain, auquel est associé un centre d’enseignement supérieur du bouddhisme, maintenant situé à Rumtek, comme certains l’ont été au Népal ou au Laddhak. Nous avons été très étonnées et impressionnées par la présence militaire au nord du Sikkim. Dès que la frontière tibétaine approche, les camps militaires se multiplient, et l’accès aux étrangers est interdit. Nous ne comptons plus les permis qu’il nous a été nécessaire d’obtenir et les barrages où il a fallu montrer patte blanche, malgré l’obligation d’être accompagné par un guide.
Le Sikkim est le lieu d’un grand mélange en terme d’ethnies, d’origines, de langues, de cultures. Par exemple, si la langue la plus courrante de communication est finalement le népali, de nombreuses personnes communiquent en lepcha ou en bhutia (les lepchas sont les habitant " originels " du sikkim et les bhutias y sont arrivés il y a environ 400 ans et se sont installés aux côté des lepchas).
Nous n’avons bien sûr pas manqué de découvrir quelques spécialités culinaires locales. Outre les plats indiens divers et variés, TRES épicés, à base de lentilles, de légumes, de fromage frais ou de viande en sauce ou en soupe, accompagnés de riz, de pains ou galettes en tous genres (nans, chapatis, puri…), nous avons aussi testé la nourriture plus montagnarde : les momos tibétains (sortes de gros raviolis cuits à la vapeur ou frits, aux légumes, à la viande ou au fromage et accompagnés de soupe), les multiples sortes de soupes aux au différents types de nouilles, le fromage de yak séché sur lequel on a failli casser nos dents tellement c’est dur, on a même testé la viande de yak, celle qui séchait suspendue au plafond d’une petite cabane perdue au fond d’une vallée, et aussi en ragoût. Au niveau des boissons, le thé de Darjeeling, bien sûr, mais aussi le chaï (thé au lait et aux épices), le thé tibétain (au beurre salé de yak), et la tumba, sorte de vin-bière de millet " infusé " dans de l’eau chaude, qui se boit à la paille, dans une grande chope en bambou.
Sur le chemin du retour, sur le long trajet en train jusqu’à Delhi (le train étant une aventure en soi !), nous avons fait une pause à Varanasi (Bénarès). Ville sacrée sur les berges du Gange, fleuve sacré… de quoi devenir mystique ! Une ballade en barque sur le gange au lever de soleil, puis une ballade sur les ghats (les quais et les marches qui longent les berges en ville) et dans les étroites ruelles de la vieille ville, loin du chaos et des klaxons de la ville motorisée, nous ont permis, même en peu de temps, de nous imprégner de l’ambiance spéciale et étonnante de cette ville et d’être séduites. Au petit matin, les habitants et les pèlerins se pressent sur les ghats pour aller se baigner, se laver, se purifier, faire des offrandes… Il y a aussi les espaces dédiés à la lessive, où s’étalent sur les marches, tentures saris, chemises et taies d’oreillers en train de sécher. Les buffles, les vaches et les chèvres sont là, au milieu, nonchalants et faisant peu de cas de toute cette agitation. En continu, toute la journée, a lieu la crémation des morts sur deux espaces bien définis, situés de part et d’autre des ghats les plus fréquentés. Au cours de notre ballade dans le labyrinthe des ruelles, on croisera plusieurs processions amenant les corps jusqu’aux ghats, emmaillotés dans des linges, sur des brancards décorés de fleurs. Ils seront immergés dans le fleuve, puis, après la crémation, les cendres y seront dispersées.
Si on s’extrait des considérations d’hygiène et de rationalisme, qui peuvent mener loin dans l’hallucination et l’incompréhension, ce qui se passe sur ces ghats est fascinant, émouvant. Ces gens qui convergent de tout le pays pour effectuer ce pèlerinage, ici cette mère qui explique à sa jeune fille comment s’immerger dans le fleuve en rythme, tout en bouchant bien son nez, là tout un groupe de femmes âgées qui se soutiennent les unes les autres, et puis finalement, quand on regarde un peu dans le détail, les individus chacun pour lui même, on se dit que si la foule est impressionnante, bouillonnante et colorée, elle est en fait composée d’une juxtaposition de petites tranches de vie, tranches extraordinaires pour les uns, ordinaires pour les autres.
Je parlais du train, qui est une aventure… Effectivement, surtout tant qu’on n’a pas compris comment fonctionne la billetterie, les réservations et le repérage de son wagon sur le quai. Une fois qu’on maîtrise cette base, il reste à s’habituer aux allées et venues incessantes des vendeurs ambulants qui proposent leur camelote (brosses à dents, lacets, chaînes et cadenas pour les bagages, jouets en plastique, montres étanches vendues dans un étui rempli d’eau pour le prouver, vêtements…) ou de la nourriture en tous genres, à grands renforts de boniments. Les gares où s’arrêtent les trains en cours de trajet sont aussi des lieux privilégiés pour les mendiants qui viennent tenter leur chance auprès des voyageurs. C’est ainsi dans le train que nous avons été confrontés aux exemples les plus impressionnants et durs de personnes mutilées ou handicappées.
Et puis il y a aussi eu les rencontres. Des belles rencontres, pour certaines éphémères, pour d’autres un peu plus approfondies. Parmi les autres voyageurs rencontrés en chemin et parmi les habitants des endroits traversés. Ce sont toujours des petites occasions, au détour d’un chemin au milieu des champs, au coin du feu dans la cuisine au moment de la préparation du repas ou lorsque notre guide dans le Nord-Sikkim nous a présenté sa famille qui vit dans un petit village dans la vallée, qui permettent d’échanger, de comprendre, d’apprendre et de rire ensemble malgré la barrière de la langue. Et c’est aussi ça qui donne encore et toujours l’envie de rester un peu plus, ou de continuer le voyage encore plus longtemps, encore plus loin, ou une fois rentré, de repartir.
Bien rentrée, certes, mais encore un peu sur mon petit nuage, et toujours la tête un peu là bas.
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