Voilà enfin le récit de l'expédition du week end dernier dans le Bras Détour...
C'était extra, 2 jours et demi bien intenses en paysages, en émotions et en engagement physique entre la Plaine des Chicots (en dessous de la Roche Ecrite) et Deux-Bras (dans le Cirque de
Mafate).
Vendredi midi
Après un petit covoiturage des troupes de l’Ouest, 5 zozo et 5 sacs à ras bord dans une 205 de choc, nous voilà devant une bonne assiette de pâtes à La
Montagne chez FX. Répartition du matos dans les sacs, et hop, on est partis. Brigitte nous dépose à Mamode Camp dans les Hauts du Brûlé, point de départ du sentier de la Roche écrite.
Là, on fait encore un peu les malins...

On ne fait pas les malins avec nos gros sacs sur le dos quand on attaque la montée (j’ai heureusement hérité d’une des cordes de 60 m et échappé aux 100 m, pour l’instant, merci les gars…) mais
on rejoint finalement le gîte en 2 heures, temps tout à fait honorable.

Là, déjà, un peu moins...

Le temps d’envahir le dortoir et de se boire un petit thé, nous voilà repartis en reconnaissance pour le lendemain : trouver le départ du canyon et poser les 2 premiers rappels, c’est chose
faite avant le coucher du soleil avec une jolie lumière sur la Roche Ecrite, au loin, bien dégagée.
Les gars à l'heure du thé



Retour au gîte pour un bon repas… profitons-en, on ne sais pas ce que demain nous réserve !

Samedi matin, 4h30.
Après une nuit quelques peu agitée pour la plupart d’entre nous (la faute au rhum arrangé ?), saut du lit dès le son du réveil et début des préparatifs au doux son
des cling cling des baudriers (je plains le sommeil de nos voisins de gîte, mais on les avait prévenu qu’on serait matinaux et certainement un peu bruyant…). Petit déj avalé, enfilage de combis
et refermage précautionneux des sacs étanches terminé, nous voilà sur le chemin à la frontale pour retrouver notre ravine et le début de la descente. Sur les cordes aux premières lueurs du jour
et à la frontale vers 6 heures, c’est parti pour cette descente de 2 jours dans le fameux Bras Détour…
Aux premiers rappels s’enchaînent les longues progressions dans les blocs rocheux, avec parfois des petites désescalades glissantes et pas toujours simples à
négocier avec les sacs qui pèsent et qu’on n’hésite pas à balancer devant nous sur les passages les plus critiques.
Le cadre de ce chaos rocheux en fond de ravine, surplombée par une végétation luxuriante et avec parfois des points de vue sur le bas du Cirque de Mafate au loin est
vraiment magnifique et impressionnant.
Rappels, blocs, pas beaucoup d’eau, on enchaîne sans perdre de temps car le chemin est long jusqu’au bivouac, avec une vingtaine de rappels. A peine le temps d’avaler
quelques barres de céréales dans les temps morts. On finit par atteindre le premier point qui nous pose question : les 2 topos récupérés au préalable divergent, l’un indiquant un équipement
défectueux en rive droite (départ à rééquiper et relais à 8 mètres avec un seul point) mais récemment emprunté par un groupe et l’autre, une ligne démarrant sur arbre rive gauche et avec un relais
85 m plus bas. On choisit la 2e option malgré aucune trace d’équipement sur l’arbre, en espérant qu’il y aura bien un relais à 85 m. Je me lance… et trouve finalement un relais 25 m plus
bas. Ouf ! On en est quitte pour quelques manips de cordes.


Quelques rappels plus loin, au sortir d’une étroiture avec bassins suspendus, on arrive au cassé du jour, 15 – 35 – 100 mètres sur une paroi d’un vert incroyable.
Magnifique. Les gars ont équipé ça comme des chefs, plus qu'à se "laisser glisser" d'un relais à l'autre... royal !
Et peu après, nous voilà au bivouac alors que le soir tombe, un beau petit espace plat sous les arbres, juste de quoi tendre quelques cordes et quelques bâches pour
se protéger de l’humidité et de la pluie qui commence à tomber. A l’ouverture des sacs étanches, certains ont eu plus de chance que d’autres, du tout sec (c’est mon cas) au tout mouillé (les
affaires de Jean-Mi et le couscous de ce soir), il y a toutes les nuances. Mais bon, même sans semoule, on a de quoi manger (vu qu’on n’a mangé que des barres de céréales toute la journée), un
petit feu permettra de faire sécher quelques vêtements et Jean-Mi pourra compter sur un sac à viande et un sur-sac pour ne pas mourir de froid. Un bon petit repas (sans pastis, qui aura fait tout
le voyage pour rien, mais pas sans jaja) plus tard, nous voilà en rang d’oignons sous la bâche à faire la crèpe toute la nuit pour trouver une position confortable.

Dimanche 5h30
Réveil, petit déj, levée du camp et c’est reparti, direct dans l’aquatique après un petit échauffement en blocs. Rappels, petit saut,
petit tobogan et c’est le drame, Steph y laisse une cheville et ça paraît sérieux. On est heureusement à la sortie d’une petite étroiture et on atteint facilement un espace un peu dégagé d’où on
réussira à joindre les secours après une demi-heure d’essais infructueux (merci Orange !). Après avoir attendu des nouvelles de l’évacuation hélico une bonne demi-heure et ne voyant toujours
rien venir, Jean-Mi se dévoue pour un tour d’hélico avec Steph et nous repartons à 4 après avoir reconditionné les sacs pour garder suffisamment de cordes pour terminer le canyon (c’est qu’il
reste encore de la route et une quinzaine de rappels donc il ne faut pas traîner). On verra l’hélico arriver pas loin de 2 heures plus tard, heureusement qu’on n’a pas attendu en
haut…
Ca c'est le lieu du crime...

et ça c'est ma tête après avoir échangé une corde de 60 pour une corde de 100 m dans le sac...
Je vous épargne la tête et la cheville de Steph...

On enchaîne, c’est toujours aussi beau, on carbure toujours à la barre de céréales et au coca, et je me lancerai même (un peu poussée par Mike il faut bien l'avouer) dans l’équipement du
3e rappel du cassé du jour (35-35-95 m), merdique au possible, où j’ai bien cru me retrouver dans la mouise (frottements terribles, végétation emmêle-cordes, 2 points déséquipés sur la
route du relais - au's'cours !! -, sac supra lourd, mille questions existentielles, grosses caillasses instables), avant, enfin, de trouver un magnifique relais avec 4 points surplombant un
magnifique à-pic de 100 m… ouf !
Le haut du grand cassé (presque) final

1er relais "paroi", à côté du fameux "arbre mort" dont on a tant parlé

Le cassé final vu du 2e relais en paroi


Le même vu du bas...
La marche de sortie approche… on rejoint le Bras Sainte-Suzanne par la droite et il nous faut ruser pour trouver la trace rive droite alors qu’on arrive sur un obstacle d’une diziane de mètres
(soit disant un saut… on ne s’y risquera pas…). C’est après un bon 2 heures de marche (à la louche) et à la tombée de la nuit qu’on atteindra enfin le barrage après maintes traversées de la
rivière fautes d’avoir vraiment trouvé un sentier continu. Petit appel au 4X4 pour annoncer un petit retard au point de rendez-vous et nous voilà repartis à la frontale pour encore une heure de
tatonnement de la piste aux bords de la rivière, avec également une petite session nage dans un grand bassin sous les étoiles et la rencontre de campeurs hallucinés de voir émerger 4 énergumènes
de la rivière avec tout leur barda et une frontale alors qu’ils sont tranquilement en train de manger autour de leur feu de camp. Il est près de 19h30 quand on arrive à la piste. Euréka !
Personnellement je ne suis pas loin du bout de ce que je peux donner…la fin de la marche finale s’est faite au mental, un pied devant l’autre sans trop réfléchir et j’ai l’impression que je
commence à comprendre ce se passe dans la tête et dans le corps des raideurs et autres coureurs de fond.
Retour dans le 4X4 jusqu’à Rivière des Galets, appel du reste des troupes et verdict : un hélitreuillage réussi pour nos deux compères, un péroné cassé et 3
semaines de plâtre à venir pour Steph. Chacun rentre chez soi… heureusement que demain on ne bosse pas (sauf un courageux !).
Bilan des courses
Petite demi-journée d’approche et deux journées pleines de descente pour une quarantaine de rappels dont 2 beaux cassés de 150 mètres et plus, de la marche en blocs en veux tu en voilà, un cadre
et des paysages grandioses, entre forêt et vues en défilé sur différentes zones du cirque de Mafate, et une sacré bonne ambiance d’équipe… on r’viendra !
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